Le pire des projets de budget

Après l’euphorie ayant suivi les votations du joli mois de mai 2019 sur la recapitalisation de la CPEG (Caisse de prévoyance de l'État de Genève) et la RFFA (Réforme fiscale et financement de l'AVS) et le contre-projet à l’initiative sur les subside d’assurance maladie, l’inévitable gueule de bois était prévisible lorsque viendrait le dépôt du projet de budget 2020 de l’Etat de Genève.

Cela n’a pas manqué : aux 372 millions de déficit autorisés par la RFFA, s’en sont ajoutés 218 supplémentaires, pour arriver au pire résultat de mémoire de députés : 590 millions de déficits prévus !

Pense-bête pour plus tard : éviter de proposer au peuple des baisses d’impôts et des hausses de prestations sans avoir le courage de lui présenter la facture finale, car sinon il choisit les deux…

Et les autorités poursuivent leur fuite en avant, en promettant que les beaux jours reviendront sans aucun doute possible, s’en remettant à la main invisible et à la croissance, renommées pour l’occasion « effets dynamiques de la RFFA ».

Quel paradoxe ! Alors que l’année écoulée a été marquée par des mobilisations populaires sans précédent réclamant des mesures urgentes pour faire face à la crise climatique, Genève poursuit sur sa cadence et s’enfonce dans son addiction à la croissance oubliant que si les ressources naturelles sont en voie d’épuisement, les ressources financières sont évidemment frappées du même risque de raréfaction. Mais l’on préfère fermer les yeux et vivre, dans ce domaine également, à crédit des générations futures.

Les Verts sont inquiets de l’absence de réformes indispensables pour accompagner la transition écologique inévitable et imminente qu’il faut donc entreprendre dès à présent dans toutes les politiques publiques de l’Etat. La lourdeur et la lenteur de notre fonctionnement nous semble en inéquation avec l’urgence environnementale à laquelle l’humanité est confrontée.

Il faudra à l’avenir faire plus -les besoins seront en augmentation- avec moins, c’est une donnée de base. Moins ne signifie pas mettre les employés du service publique d’avantage sous pression, mais mettre en œuvre les valeurs et les principes qui sont censés guider notre politique des ressources humaines. Cela signifie qu’un énorme chantier sur l’efficience de notre Etat doit être entrepris tant que nous en avons encore les moyens.

Dans ce contexte on peut donc constater que si le Conseil d’Etat a pris ses responsabilités en demandant la dotation des services et des domaines au bord de la rupture en personnel supplémentaire, il n’a pas engagé de réforme structurelle. Nous sommes toujours devant un travail en silo, une absence béante en matière de transversalité. Cet attentisme n’est plus tenable.

La commission des finances a donc entamé ses travaux dans ce climat lourd d’incertitudes. Voyons plutôt : le plan financier quadriennal ne prévoit nullement un retour à l’équilibre. Dans 3 ans, la réserve conjoncturelle serait épuisée et le déficit attendu serait alors toujours de 368 millions de francs. Déclenchant dans la foulée le mécanisme de frein au déficit autrement plus brutal. Pire, avec la soupape mise en place avec RFFA, la dette liée au fonctionnement s’envole, pour passer rapidement les 14 milliards. Les intérêts passifs de celle-ci, malgré la persistance de taux bas, culminent à 142 millions pour l’année à venir, représentant tout de même l’équivalent de plus de 1'000 places de travail, plus du double que ce qui est demandé par le Conseil d’Etat dans son projet de budget. Last but not least, dès 2022 s’enclenchera le frein à l’endettement, mettant à mal notre politique des investissements, alors que ceux-ci sont plus qu’indispensables pour mettre en place une société durable, écologiquement viable et climatiquement responsable.

Dès les premiers votes de la commission, la majorité de droite, du PDC au MCG, en passant par le PLR et l’UDC, impose sa politique.

Cela commence lors du vote de suspension de l’annuité de la fonction publique en 2020, pourtant demandée par le Conseil d’Etat. C’est un premier refus prétextant, en regard de l’inflation des postes demandés par le Conseil d’Etat « qu’il n’y a pas de raison de demander des efforts à la fonction publique si le Conseil d’Etat n’en fait aucun ». Quel cynisme ! Quel mépris pour la fonction publique ! Alors que de nombreux services, au front des problématiques sociales, font face à une souffrance reconnue, que l’instruction publique nécessite une intervention urgente pour réduire les surcharges chroniques conjuguées à l’augmentation des effectifs des élèves, prétendre que la première priorité, certes légitime, de la fonction publique serait son pouvoir d’achat, c’est se faire une bien piètre opinion du dévouement des collaborateurs du service public.

S’en suit un jeu de massacre, un peu à la hache, et parfois à la tronçonneuse. Notamment lors d’un vote pour la suppression de 412 postes, soit l’ensemble des nouvelles demandes du Conseil d’Etat. D’un seul vote aussi brutal qu’irresponsable.

Soit, pêle-mêle, par département :

  • au DF : - 7.8 ETP (postes équivalents plein temps) pour la mise ne place de SCORE et contre les violence domestiques ;
  • au DIP : -9,4 ETP au foyer thérapeutique (accueil d’adolescents souffrant de troubles psychiques sévères), -14,9 ETP  à l’école inclusif, -11,4 ETP permettant l’introduction de la période d’éducation physique supplémentaire, -94,3 ETP pour faire face à l’augmentation du nombre d’élèves, -10,1 ETP pour l’accueil à l’office médico-pédagogique ;
  • au DSES : -31,5 ETP à la police de proximité, -26 ETP à l’internalisation de convoyage et à la surveillance des détenus, -6,8 ETP pour la réinsertion ;
  • au DT : - 6,8 ETP projet d’agglomération, la géothermie, l’assainissement des eaux ;
  • au DI : -5 ETP à l’assainissement des vitrages du parc immobilier de l’Etat ;
  • au DCS : -15 ETP au SPAd (service de protection de l’adulte) considéré comme indispensable par la Cour des comptes, -7 ETP au SPC (service des prestations complémentaires) du à la forte augmentation de l’activité , -7,9 au SAM (service de l’assurance-maladie) pour la mise en œuvre de l’augmentation des subsides voulu par le peuple.

 

Pour quel résultat final ?

Un déficit de 584 millions de francs, soit à peine 6 millions de mieux que le projet de budget du Conseil d’Etat.

Un échec sur toute la ligne : un déficit toujours abyssal, et une casse sociale et aveugle. Ou comme l’écrit Cyril Aellen (!) sur Facebook (non, ce n’est pas sa voisine) « 600 millions de déficit. 600 millions d’augmentation de charges. Une dette en croissance et aucun engagement supplémentaire, même là où cela aurait été nécessaire. »

Ce vote, s’il devait être confirmé par le Grand Conseil, débouchera d’ailleurs sur un résultat financier sans doute pire qu’escompté. En effet, dans la situation qui lui serait donnée, le Conseil d’Etat, devrait soit accepter le dysfonctionnement de pans entiers de l’Etat et une augmentation de l’absentéisme qui s’en suivrait aux conséquences dramatiques, soit prendre des mesures urgentes, synonyme de nouvelles dépenses.

C’est donc bien le pire des budgets possible qui ne laisse augurer rien de bon pour la suite.

 

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