24/01/2018

En 5 ans à la tête de la mobilité, comment est-il possible de défendre aussi mal les intérêts de Genève à Berne?

Par Yvan Rochat, Maire de Vernier et Mathias Buschbeck, Chef de groupe des Verts au Grand Conseil et membre de la commission des transports

C’en est trop : après le train, l’aéroport et même la traversée du lac, on assiste ces jours à un nouvel échec cinglant du Conseil d’Etat genevois. Le Canton de Genève accumule les flops à Berne alors que nos voisins d’outre-Versoix, alignent les points gagnants. Navrant ! Le Conseiller d’Etat Barthassat prétend être dans les bons papiers de la Conseillère fédérale Doris Leuthard, mais il plante un dossier après l’autre. Les Verts le constatent depuis un moment ; aujourd’hui, projet après projet, ce sont les services bernois de la ministre PDC qui confirment que Barthassat fait fausse route. Coût pour le contribuable genevois : des centaines de millions de francs !


Agglomération du Grand Genève, c’était mieux avant

Le projet d’agglo, c’était la poule aux œufs d’or. En 2007, grâce à un excellent travail préparatoire et une collaboration étroite avec les institutions suisses et françaises, Genève touche le jackpot : 186 millions pour développer les trams et la mobilité douce ; l’agglomération est transformée. En 2012, rebelote, cette fois c’est 204 millions de francs qui permettent l’extension du réseau du tram genevois !
Pour la période 2019-2022, la nouvelle vient de tomber, la contribution fédérale s’élèvera à 38,8 millions francs pour Genève… dont 2,8 millions de francs aux projets de transports publics. Sur un total de 1.12 milliard. Comment en est-t-on arrivé là ?

Notre projet d’agglo, ses mesures pour construire des trams, des voies de bus en site propre, des voies de mobilité douce à travers le canton, tout cela prend l’eau. Incapable de piloter les études et le développement des projets, le Conseiller d’Etat en charge des transports voit sa copie renvoyée avec une note largement en-dessous de la moyenne. Là aussi, comme pour le RER, le redoublement, soit 5 années de perdues, est imminent.

RER genevois, on ne verra pas passer le train

Souvenons-nous, c’était en 2014: le train était plébiscité par le peuple suisse - et genevois - 11.5 milliards de francs à se partager pour développer les infrastructures ferroviaires. A Genève, pour compléter le CEVA, les besoins sont criants. Pourtant il est fort probable que nos demandes restent sur le carreau : mise au ¼ d’heure des cadences entre La Plaine, Meyrin, Vernier et Genève, réalisation d’une halte RER pour les 10'000 habitants de Châtelaine (15'000 à l’horizon 2030), la Conseillère fédérale Doris Leuthard n’est absolument pas convaincue par le ministre des transports Barthassat. A tel point que Berne n’est ni favorable au financement de ces infrastructures ni même n’imagine qu’il y ait un intérêt à ce qu’elles soient payées par le Canton seul.

En outre, Genève est en train de perdre sa liaison directe pour Yverdon, Neuchâtel et Bâle sans que le Canton y trouve rien à redire. Bref, on se retrouve avec des clopinettes.

Genève se développe et ce n’est que par la mise en œuvre d’un RER puissant sur les deux rives de notre territoire et relié de façon efficace au reste de la Suisse que nous réussirons un tel changement. Malheureusement, alors que la Présidente du Conseil d’Etat vaudois a déjà tout obtenu pour son canton, Genève ne sait plus convaincre et risque de prendre 30 ans de retard dans ce domaine si stratégique des transports.

 

Aéroport, pas bouger et interdit de respirer…

Depuis plus de deux ans nos autorités cantonales sont sollicitées par la Confédération afin d’élaborer le cadre dans lequel devrait évoluer notre aéroport.

Habitant-e-s, associations de riverains, communes, services de l’Etat, politicien-ne-s de tous bords se mobilisent pour que ce rendez-vous ne soit pas manqué et que l’Office de l’aviation civile entende le message de Genève pour un développement à taille humaine.

Résultat pour la mobilité : «Confédération, Canton et exploitant coordonnent les projets et œuvrent chacun dans leur domaine de compétence afin de garantir sur le long terme une accessibilité fiable, sûre, confortable et en capacités suffisantes à l’aéroport.»

Cela signifie que l’aéroport pourra croître sans limite à court et moyen terme, +240'000 déplacements/jour entre 2017 et 2030, sans qu’aucune solution ne soit prise pour désengorger notre réseau routier avant le long terme soit vers 2050. Immobilité assurée !

Concernant notre environnement et notamment la qualité de l’air que nous respirons, même topo :« Une pollution de l’air excessive, cogénérée par l’exploitation aéroportuaire, doit être tolérée à moyen terme dans le périmètre de l’aéroport et des zones voisines. »

Là encore, on nous impose depuis Berne la dégradation de l’air que nous respirons au moins jusqu’aux années 2030.

Quant à notre Conseiller en charge des transports et de l’environnement, que fait-il ? Et bien il applaudit les propositions bernoises !

Projets routiers pour Genève, même une Verte a réussi à faire mieux

Il l’avait promis pour 2030 et Genève ne devait pas y mettre un sou. La traversée du lac pour les voitures est inimaginable avant 2040 et Berne ne payera rien ; ça sera tout pour Genève. Pire, la population genevoise devra se prononcer l’année prochaine sur un crédit… pour avoir le droit de demander à Berne d’éventuellement installer un péage.

Là où tout le monde l’attendait pour réussir, le Conseiller d’Etat Barthassat est également en train d’échouer. Personne ne nous aidera à financer un projet dont il est incapable de démontrer l’utilité.

Lorsque, en son temps, il fallait obtenir de Berne le financement pour la troisième voie de l’autoroute de contournement (2,5 milliards de francs), sa prédécesseur n’a pas failli et a su convaincre la Conseillère fédérale Doris Leuthard de l’utilité de cet investissement.

Par son aveuglement, Luc Barthassat plombe la crédibilité et les finances genevoises en persistant dans une voie sans issue. Par sa gestion de son département, il a démoli une machine qui fonctionnait bien et a fait fuir ou a démobilisé ses meilleur-e-s collaborateurs-trices.

Et il ose tirer un bilan… extraordinaire !

Et c’est trois jours après avoir reçu une baffe monumentale de la Berne fédérale que Luc Barthassat choisit de tirer un bilan d’autosatisfaction générale. Gageons que les Genevoises et les Genevois sauront lui dire ce qu’ils pensent de ces gaspillages d’argent public, des retards désormais prévisibles en matière de développement d’infrastructure et de qualité de vie et de la gabegie en matière de mobilité !

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